Interview accordée à Gna! dans le cadre des HotSpots

Cette interview a été accordée à Gna! par les trois auteurs de la troisième édition du Livret du Libre, Lucas Nussbaum, Nicolas Bouillon et Thomas Petazzoni. Elle a été réalisée par mail le 10/05/2005. Cette version non officielle a servi de base pour la traduction en anglais pour Gna!.

Gna: Salut. Pouvez vous donner une description en deux lignes de votre projet que votre grand mère pourrait comprendre ?

Nicolas: Le Livret du Libre est un document d'une vingtaine de pages présentant le Libre, le Logiciel Libre et différents sujets connexes. Il est justement écrit de manière à être compréhensible par des personnes ayant très peu voire pas de connaissances en informatique. Parfait pour ma grand-mère !

G: Qui êtes vous ? Combien de développeurs contribuent régulièrement ? Qui dirige le projet ? Quel est le profil des développeurs principaux ?

Lucas: Nous sommes principalement trois développeurs, sans hiérarchie particulière. Personnellement, je suis étudiant en école d'ingénieur (ENSIMAG) et en DEA.

Thomas: Pour ma part, je suis récemment diplômé en informatique d'une école d'ingénieur, l'UTBM.

Nicolas: Je suis récement diplomé en informatique de la même école d'ingénieur que Thomas.

G: Quand et pourquoi a été démarré le projet ?

Thomas: Le projet a démarré au sein de Lolut, le club des utilisateurs de Logiciels Libres de l'UTBM, une école d'ingénieur de Belfort. C'est à l'occasion du Libre en Fête à l'Espace Multimédia Gantner, en mars 2003, que Christophe Bliard a eu l'idée de rédiger ce livret. En effet, Christophe et moi-même avions constaté que présenter le Logiciel Libre de manière complète à chaque participant d'une install-party ou journée d'information était difficile. Pour le public, la quantité d'informations données dans ce type de manifestation est très importante, donc difficile à comprendre et retenir. Nous avons donc pensé que donner aux participants un petit livret résumant ces informations et donnant de nombreux liens pour en savoir plus serait une bonne idée. Les objectifs étaient donc posés : un livret court, accessible aux non-techniciens, couvrant la plupart des questions basiques liées aux Logiciels Libres et au Libre, avec de nombreux pointeurs.

La première version du Livret du Libre a été rédigée, mise en page et imprimée en moins de 5 jours par Christophe Bliard, Jean-Christophe Haessig et moi-même. À ce moment là, nous ne pensions utiliser le Livret que pour cette manifestation. Finalement, nous nous sommes aperçu qu'il pouvait être utile à d'autres, et nous l'avons publié.

Nicolas et Lucas ont rejoint le projet pour sa version 2, en tant que relecteurs principalement. Ils se sont ensuite investis de manière plus approfondie dans le projet, en particulier pour cette troisième édition.

G: Quel public visez vous exactement ? Les Geek, ou les grand-mères ?

Lucas: Les deux ! Le Livret a vraiment pour objectif d'être accessible à tous. Des geeks peu sensibilisés au Libre y apprendront des choses, et votre grand-mère devrait pouvoir le lire sans trop de difficultés. La mienne l'a fait pour la première édition. L'accessibilité est vraiment un point sur lequel nous essayons d'améliorer le livret. Toutefois, c'est un travail difficile, car tous les auteurs sont des techniciens, et il est donc difficile de prendre du recul, et de voir comment expliquer les choses de manière simple. D'autant plus que lorsque l'on simplifie, les spécialistes du domaine viennent signaler des inexactitudes. Nous devons faire des compromis, parfois difficiles à trouver.

G: Quelles fonctionnalités vous manquent ? Quelles sont celles que vous planifiez ?

Thomas: Il est dificile de parler de fonctionnalités pour un document ;-) Nous sommes assez contents de la 3ème édition. Celle-ci ajoute en particulier un chapitre sur les modèles économiques permettant de gagner de l'argent avec du Libre, qui était une demande fréquente des lecteurs de la deuxième édition.

Pour les prochaines éditions, nous pensons restructurer le document de manière plus logique. La structure actuelle date de la première version, et au fil des ajouts, une restructuration est devenue nécessaire. D'autre part, une idée intéressante serait de trouver un graphiste pour réaliser une version du Livret plus agréable à lire, avec quelques dessins, une jolie couverture, etc.

Dans tous les cas, l'objectif est de conserver un document court, à la fois pour limiter les coûts d'impression que la facilité de lecture. Il est impossible de parler de tout.

G: Votre projet est seulement disponible en français ? Avez vous déjà pensé à le traduire ?

Nicolas: Nous n'avons pas envisagé de réaliser une traduction en anglais : nous ne maitrisons pas suffisamment la langue pour traduire un tel document. En effet, pour que la traduction soit utile, il faut qu'elle soit d'excellente qualité. Seul un bilingue pourra réaliser ce travail : le Livret n'est pas un simple document technique comme un Howto.

Cependant, Thomas et moi envisageons de traduire le Livret en Espéranto, la langue internationale. En effet, nombre d'Espérantistes ne connaissent pas le logiciel libre, alors que le mouvement espérantiste et le mouvement du logiciel libre ont beaucoup en commun. Là ou le Logiciel Libre promeut une utilisation sans discrimination et en toute liberté des logiciels, l'Espéranto promeut une communication sans discrimination, permettant à toute personne de s'exprimer très facilement et de manière riche après un temps d'apprentissage étonnament court. Je pense que les deux mouvement ont beaucoup à apprendre l'un de l'autre.

G: Quelle licence avez vous choisi et pourquoi ?

Nicolas: C'est un point qui a fait couler beaucoup d'encre sur la liste de discussion ! Pour les versions 1 et 2, une licence très simple a été choisie : en deux phrases, elle donnait le droit de redistribuer des versions modifiées ou non du document à condition que celles-ci restent modifiables. À l'époque, le Livret du Libre était herbégé chez Tuxfamily, qui a fermé suite à un piratage. Nous avons alors cherché un autre hébergeur. Les choix possibles étaient Gna!, Sourceforge, Berlios et Savannah. Ce dernier avait été piraté peu de temps avant ; Berlios avait mauvaise réputation en ce qui concerne la stabilité ; et Sourceforge n'était pas digne de confiance concernant les conditions d'utilisation du service. Il ne restait donc que Gna!, à qui Thomas a demandé l'hébergement. Or Gna! n'a pas accepté notre licence, en émettant des doutes quant à sa validité. Après de multiples discussions sur la liste de discussion, la licence CC-BA-SA a été retenue. Nous avons donc proposé cette licence à Gna! pour l'hébergement du Livret. Ce choix n'a pas convenu à Gna!, car cette licence n'est compatible ni avec la GPL, ni avec la GFDL. Cette décision était ennuyeuse, et nous avons sérieusement cherché un autre hébergeur. N'ayant rien trouvé, nous avons finalement opté pour une double licence, CC-BY-SA et GFDL. La licence CC-BY-SA a été conservée pour les versions imprimés, car la GFDL impose d'être inclue en intégralité dans le document, ce qui est impensable pour un livret de 20 pages. Le monde des licences libres pour la documentation et les documents est encore un peu flou, avec des licences considérées comme libres par certains mais pas par d'autres, comme la GFDL...

G: Avez vous quelque appui industriel ou institutionnel ? Si oui, lesquelles ?

Lucas: Nous n'avons pas vraiment besoin d'appui industriel ou institutionnel. Toutefois, le Conseil Général du Territoire de Belfort et l'UTBM ont déjà financé une partie de l'impression de Livrets du Libre, pour le Libre en Fête (100 exemplaires) et Solutions Linux 2004 (500 exemplaires) respectivement. De plus, j'ai entendu dire que le livret avait été distribué lors de séminaires sur le Logiciel Libre dans des grandes entreprises françaises.

G: Cherchez vous des contributions ? Si oui, quel genre de contributions pourraient être utiles au projet ?

Lucas: Il est difficile de s'intégrer à un projet comme le Livret. Nous cherchons à maintenir une certaine continuité dans le style, et se mettre d'accord à plusieurs sur la manière d'exprimer telle ou telle idée est parfois difficile. Nous échangeons parfois de nombreux courriers électronique pour discuter d'un unique paragraphe. Ces difficultés expliquent pourquoi nous n'avons pas particulièrement cherché de nouveaux contributeurs. Toutefois, si ce projet vous intéresse, la première étape est de lire le Livret, de le relire, et de proposer des patchs en argumentant bien sur les raisons de l'utilité de ce patch. Par ailleurs, nous aimerions recevoir des contributions de graphistes ou de dessinateurs pour réaliser une version plus sympathique du Livret, ainsi que des traducteurs pour le traduire dans diverses langues. Enfin, les relecteurs sont des contributeurs importants. Pour cette troisième version, nous avons fait appel à une vingtaine de relecteurs lorsque nous considérions la version comme prête. Ceux-ci nous ont remonté de très nombreuses remarques (près de 200), qui ont été difficiles à traiter, mais qui ont permis d'améliorer la qualité finale du Livret.

G: Quels outils vous utilisez quand vous travaillez sur le livret ? Pourquoi ?

Thomas: LaTeX, GNU Make, CVS, des dictionnaires, des outils de manipulation de fichiers PostScript. Rien de bien original, que du classique. Néanmoins, l'utilisation du LaTeX est très pratique : le source était au format texte brut, il se prête bien à la gestion de versions par CVS, et nous pouvons échanger des patches lisibles via la mailing-list. Ce serait plus délicat avec un document OpenOffice par exemple. Nous travaillons régulièrement par IRC, ou alors lorsque nous ne pouvons pas travailler en simultané, nous utilisons la mailing-list. Enfin, pour centraliser et traiter les remarques des relecteurs, nous avons utilisé un Wiki.

G: Pourquoi avez-vous choisi Gna! comme hébergeur ? Quels outils Gna! utilisez vous ? Quelles fonctionnalités vous aimez le plus ? Quelles fonctionnalités vous manquent le plus ?

Lucas: Comme dit plus haut, nous étions sur TuxFamily jusqu'à sa fermeture, et à l'époque, il n'y avait pas vraiment d'alternative! Nous sommes satisfaits de Gna!, et je ne vois pas ce qu'on pourrait utiliser comme autres fonctionnalités. Ah si. J'écris actuellement la réponse à cette question sur un Wiki. Ca serait pas mal de pouvoir faire des sites web avec PHP/MySQL, ou d'avoir un système de Wiki intégré.

G: Quelle est la question que nous n'avons pas posée, à laquelle vous aimeriez répondre ? (et la réponse est...)

Thomas: : Oui, il n'a pas été question de la difficulté de la rédaction d'un tel document ! ;-)

Rédiger un tel document est à mon avis très complexe, parfois plus que d'écrire un bout de code. Il faut trouver un compromis entre l'exactitude des informations proposées, leur accessibilité et la taille du Livret, trouver des compromis entre les différents auteurs qui n'ont pas forcément la même vision ou les mêmes idées sur certains sujets, réfléchir à la meilleure façon d'exprimer une idée, sans froisser le lecteur, etc. Ainsi, nous discutons parfois pendant des heures, échangeons plusieurs courriers électroniques juste au sujet d'une phrase ou d'un paragraphe. Au final, ces quelques pages de texte représentent des heures de travail, mais le résultat est plaisant ;-)

G: Merci d'avoir pris le temps de partager votre expérience avec nous.

Thomas, Nicolas et Lucas: Merci à Gna, aux contributeurs, relecteurs ainsi qu'aux anciens et futurs auteurs du Livret du Libre !